Pérégrinations d'une goutte d'eauPérégrinations d'une goutte d'eauIl était une fois un nuage qui était trop petit pour contenir toutes les gouttes d'eau qui le composaient. Une petite goutte, qui en avait assez de vivre à l'étroit voulut descendre pour visiter le grand monde tout en bas, celui des hommes, des animaux et de la terre. Elle avait déjà entendu parler de gouttes d'eau qui avaient tenté une telle aventure, mais elle-même n'avait jamais quitté son nuage. Cela faisait peur, de se lancer ainsi vers l'inconnu, car s'il était facile de partir, comment faisait-on pour revenir ? On lui avait dit que certaines gouttes d'eau aventurières avaient pu rejoindre leur nuage, mais que d'autres n'étaient jamais revenues, et l'on ne savait pas pourquoi. La terre était-elle tellement belle qu'elles n'en avaient pas eu envie ? N'avaient-elles pas réussi à revenir ? Etaient-elles mortes en chemin ? Cela effrayait beaucoup notre petite goutte d'eau ! Mais après un long temps de réflexion, et parce qu'elle était très curieuse, elle décida tout de même de partir, pour connaître autre chose. Alors, elle dit adieu à ses amies et se laissa glisser, couler, hors du nuage. Elle se retrouva aspirée, remuée, secouée et balayée par tout cet air, tout ce vent. Au bout d'un temps qui lui parut interminable, elle aperçut enfin la terre. Et elle qui voulait de la terre fut servie : il y avait, sous elle, une immense étendue de poussière, de pierres, de sable. Tout était ocre et gris, rien n'était vert. En descendant, elle distingua un village, un joli village construit au soleil (on lui avait raconté que les hommes aimaient énormément le soleil). S'approchant encore, elle trouva les gens tristes : ils ne souriaient pas, marchaient lentement, tête basse. Les enfants ne jouaient plus, les femmes semblaient fatiguées et les animaux haletaient, couchés à même le sol. Mais ce qui l'étonna le plus était l'absence de plantes, de verdure et d'eau. Où étaient les fleuves, les rivières, les mers et les lacs qu'elle voyait depuis son nuage ? Elle était certainement tombée au mauvais endroit. Elle qui espérait se faire des copines ! Toutefois, sa descente se poursuivant, elle vit, en tout petit sous elle, une petite mare. Elle tomba, tomba, pour finalement heurter le sol, à quelques mètres de la petite mare. « M'entendez-vous ? cria t-elle à ses amies gouttes d'eau de
la mare. Puis-je me joindre à vous ? leur demanda-t-elle encore.
Alors, la petite goutte d'eau glissa encore un peu et se cacha sous une pierre. Elle vit des hommes, des animaux, des enfants sans sourire venir et boire un peu, au creux de leurs mains. Elle eut chaud, très chaud et soudain, elle se sentit devenir très légère, légère. Elle s'évapora tout doucement, se transforma, devint invisible pour l'œil humain et monta, monta, comme elle était descendue. C'est ainsi, pensa t-elle, que l'on fait pour remonter... Elle vit, au loin, une masse blanche, cotonneuse. Un nuage, se dit-elle. Menée par différents courants d'air, elle se sentit transportée jusqu'à lui. Elle retrouva des amies à elle, de nouvelles têtes, aussi. Le nuage était énorme, les gouttelettes, fort nombreuses. Elle demanda la parole et raconta : le malheur des hommes, la sécheresse, la souffrance, la mort, la saleté de l'eau, la tristesse des gouttes d'eau de la mare et enfin, la demande qu'elles lui avaient faite. Les gouttes d'eau du nuage se réunirent pour réfléchir et, unanimement, dirent « non ». Notre petite goutte d'eau, fort déçue, insista. Rien n'y fit. Alors, devant tant d'égoïsme et de crainte, la tristesse, la déception firent place à la colère. Il fallait trouver un moyen d'agir, même si c'était contre le gré des autres. Elle repensa à son propre voyage vers la terre et enfin, elle eut l'idée d'aller trouver l'air. Elle lui raconta son aventure et ce qu'elle avait vu. L'air se montra sensible à son histoire. Elle lui demanda : « S'il vous plaît, pourriez-vous vous mettre en mouvement et faire du vent ? » L'air se mit à bouger, bouger. Le vent arriva, plus fort que tout. Le nuage, surpris, se sentit transporté. Sans qu'il ne puisse rien faire, effrayé et furieux, il se retrouva au-dessus du village de leur amie. Le vent gronda, gronda le nuage pour son égoïsme. Le nuage, honteux et malheureux, se mit à pleurer, un peu au début. Bientôt, de plus en plus de larmes se mirent à couler. Une goutte chuta, deux gouttes, trois gouttes, et à leur suite, toutes les autres gouttes. Le nuage se vida progressivement, pour disparaître totalement. Sur la terre, hommes et animaux furent surpris par les premières gouttes. Ils levèrent les yeux vers le ciel, sans y croire. Leur joie fut immense quand le soleil fit place à l'ombre et que la pluie, enfin, les inonda. Pendant des heures, ils laissèrent l'eau caresser leur corps, leur visage, leur bouche et leurs mains. Puis, ils retournèrent dans leurs maisons pour s'abriter. La terre se gorgea de cette eau, qui tomba pendant plusieurs nuits et plusieurs jours. L'eau ruissela des collines aux alentours. Après sept jours de pluie, le soleil revint. Hommes et animaux sortirent de leurs abris et virent avec le plus grand bonheur que le lac, disparu depuis si longtemps, s'était reformé. Petit à petit, le temps faisant son œuvre, la végétation revint. Le sol, vu d'en haut, ne fut plus gris et ocre mais couvert de verdure. L'eau, tombée du ciel, était limpide et devant tant de pureté, la vie reprit. Les poissons repeuplèrent le lac, les animaux revinrent s'abreuver et surtout, les jeux et les rires des enfants se firent à nouveau entendre. Les gouttes, qui avaient quitté leur nuage sans le vouloir, se dirent finalement que le monde était bien beau pour qui prenait la peine de le découvrir. Les gouttes de la mare, nettoyées de leur saleté, se firent une deuxième jeunesse. Quant à notre petite goutte d'eau aventurière, elle vécu plusieurs années dans ce grand lac. Mais le goût de l'aventure étant le plus fort, elle souhaita un jour être bue par un petit enfant : elle savait que le voyage n'était pas fini et que le corps humain lui assurerait bien d'autres fabuleuses découvertes, bien d'autres transformations. Les hommes, eux, prirent soin de leur environnement. Ils promirent de raconter aux enfants de leurs enfants cette histoire pour que, plus jamais, un tel gâchis ne se reproduise. |
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